Conflit mondial – comprendre et gérer nos réactions

La situation actuelle en Ukraine fait que beaucoup d’entre nous se sentent dépassés, désemparés et impuissants. Les Canadiens se demandent comment ils peuvent aider. Qu’arrivera-t-il aux personnes prises dans les combats? Que va-t-il se passer ici, chez nous? La démocratie et la paix mondiale sont-elles menacées? Diverses raisons expliquent pourquoi le conflit en Ukraine provoque de si vives réactions.

    • La pandémie mondiale – Après une crise sanitaire mondiale et une période de confinement, de nombreuses personnes sont fatiguées et vulnérables. Au cours des deux dernières années, nous avons été isolés et avons vécu des situations difficiles. La vie sociale nous a manqué et nous avons dû faire face à la peur de la transmission du virus, à la maladie, aux difficultés économiques et à la perte d’êtres chers. Nous sommes à bout de forces et nos réserves sont épuisées. Nous sommes fatigués et cette nouvelle crise mondiale nous démoralise.

    • La peur de l’inconnu – La Russie est une puissance nucléaire et la crainte d’une escalade peut causer de l’anxiété. Si d’autres pays s’impliquent, comment cela affectera-t-il la sécurité des Canadiens? Quelle sera la participation du Canada? Toutes ces questions sans réponse peuvent nous amener à faire une fixation sur les développements possibles. Certaines personnes ont pris l’habitude de parcourir constamment les fils d’actualités et les messages des médias qui présentent les pires scénarios possibles. Le besoin de s’informer sans arrêt peut faire augmenter l’anxiété car, à l’heure actuelle, rien n’est certain.

    • Les expériences vécues – De nombreux Canadiens, ou leurs parents, ont dû fuir le danger et les conflits dans le passé. Ils ont connu la violence et ont échappé à la persécution, la pauvreté ou la famine. Les images et les bruits du conflit actuel peuvent raviver le souvenir des expériences passées et des pertes subies. Pour les Canadiens racisés ou autochtones, des expériences traumatisantes de discrimination et de victimisation peuvent également ressurgir. Pour les personnes d’origine ukrainienne, les images peuvent déclencher de fortes réactions et pour les personnes ayant survécu à un traumatisme, elles peuvent rappeler des souvenirs et des expériences vécues. « Selon des études sur l’exposition par les médias à la violence et aux conflits, le fait d’être un observateur a un coût psychologique réel, en particulier pour les grands consommateurs de nouvelles et ceux qui ont déjà subi un traumatisme. »[1] Le fait de voir des réfugiés fuir leur maison et des villes attaquées rappelle à ceux qui ont connu ce type de situation la violence et l’incertitude qu’ils ont vécues.

Comment s’adapter et se soutenir mutuellement:

La professeure E. Alison Holman, chercheuse à l’université de Californie qui étudie les effets sur la santé physique et mentale de l’exposition à un traumatisme collectif, a été interrogée sur ce qu’il fallait faire en tant qu’observateurs de l’invasion russe. Elle recommande fortement de réduire notre consommation de nouvelles.

Les sites Web et les applications intègrent des algorithmes conçus pour inciter les utilisateurs à faire défiler les informations, ce qui accroît l’exposition à des images bouleversantes et nous prend dans un cercle vicieux qui peut être particulièrement néfaste pour les survivants de traumatismes passés.

Des études montrent que « l’exposition passée à la violence est associée à une consommation accrue d’information après un événement traumatique majeur, ainsi qu’à une augmentation des symptômes de stress post-traumatique et de l’inquiétude pour l’avenir. On est ensuite plus susceptible de suivre la couverture médiatique d’événements violents ultérieurs et de subir un stress aigu plus important à la suite de ces incidents ».[2]

Le mieux que nous puissions faire est de fixer des limites et de changer certaines de nos habitudes, par exemple limiter notre consommation de nouvelles, en particulier si elles contiennent des images de violence et de destruction. Il ne s’agit pas de se désintéresser ou de ne pas tenir compte des conflits mondiaux, mais de gérer la façon dont nous les abordons. En favorisant des activités sociales et des échanges plus sains, nous nous en sortirons mieux.

Voici quelques conseils pour traverser la situation actuelle:

      • Écoutez, regardez et lisez uniquement des informations provenant de sources fiables.

      • Limitez votre lecture des fils de nouvelles et évitez de lire constamment ce qui s’écrit dans les médias sociaux.

      • Prenez une pause des médias sociaux et des réseaux télévisuels d’information.

      • Diversifiez vos activités – faites de l’exercice, rencontrez des amis, allez marcher.

      • Trouvez des moyens de contribuer positivement aux secours ou de soutenir les réfugiés.

 

Par Judy Plotkin, vice-présidente, Solutions de santé

 

Références
  1. Media exposure to mass violence events can fuel a cycle of distress, Rebecca R. Thompson, Nickolas M. Jones, E. Alison Holman, 2019.
  2. Mental- and physical-health effects of acute exposure to media images of the September 11, 2001, attacks and the Iraq War, Roxane Cohen Silver, E. Alison Holman, Judith Pizarro Andersen, Michael Poulin, Daniel N. McIntosh, Virginia Gil-Rivas, 2013

 

Unknown

 

Judy Plotkin, M.T.S, vice-présidente, Solutions de santé, de La Corporation People, est titulaire d’un baccalauréat ès arts et d’un diplôme en travail social de l’Université Ryerson et d’une maîtrise en travail social de l’Université de Toronto. Depuis plus de 25 ans, elle assume des responsabilités croissantes dans les secteurs de l’aide aux employés, de la gestion de l’invalidité et du mieux-être au travail, et son expérience inclut en outre des services de consultation auprès de victimes de traumatismes et la création de milieux de travail psychologiquement sains.